Katia

Col du Mollendruz

Texte et photos: Raphaël Dupertuis


17 février 2025

Cheffe d’équipe à la Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR) du Canton de Vaud, Katia Fleutry veille chaque jour – et nuit ! – à la sécurité des 90 kilomètres de routes de l’ouest du canton. Profondément attachée à son équipe, Katia nous raconte son parcours et sa passion pour son métier.

Même si l’on vous voit souvent au bord des routes avec vos camionnettes oranges, votre métier de cantonnière est peu connu du grand public. Comment le décririez-vous ?
Notre boulot, peu de monde le connaît vraiment. On nous voit en bord de route, habillés en orange et en train de ralentir le trafic, mais ce n’est pas pour embêter les usagers des routes. On est là pour la sécurité de toutes et tous.
C’est un métier varié qui demande de l’adaptation : en hiver, le service hivernal est notre priorité, mais on s’occupe aussi du curage des canalisations, de la fauche des bandes de sécurité et de la biodiversité. Chaque jour est différent. On vit là-dedans, on observe la nature, les animaux. On apprend à vivre avec et à lire les signes qui sont au final parfois plus efficaces que les prévisions météo. Par exemple, si on croise des chevreuils en journée, on sait que la neige arrive et qu’on devra être vigilants. C’est un métier où il faut être attentif à tout, et c’est ce qui me passionne.

Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez ?
L’inattention des automobilistes est un vrai problème. Beaucoup sont sur leur téléphone, et même en portant des vêtements fluorescents, on reste parfois invisibles pour eux. Heureusement, en campagne, les gens nous connaissent et nous respectent davantage. Mais en hiver, les conditions météo peuvent rendre notre travail encore plus complexe. Les pluies verglaçantes, par exemple, sont un vrai casse-tête. Parfois, on fait un salage, on pense que tout est bon, on va se coucher… et une heure après, il faut repartir car le brouillard givrant est arrivé et transforme tout en patinoire. C’est un combat permanent.

Une partie de notre travail se fait dans l’ombre. Ce n’est pas le Saint-Esprit qui nous dit quand on doit saler ou passer le chasse-neige, c’est l’un d’entre-nous qui se lève à trois heures du matin pour aller vérifier l’état des routes !

Comment en êtes-vous venue à faire ce métier ?
Rien ne me destinait à être cantonnière. Je suis d’origine valaisanne et j’ai commencé ma carrière dans l’horticulture, avant de me former comme caviste.

À 15 ans, je suis partie de chez mes parents pour faire mes études à Genève, ce que, il faut l’avouer, je ne voulais pas au début. Mais mon père m’a poussée à le faire, et avec du recul, je sais que c’était une bonne chose. J’ai travaillé comme paysagiste, dans la vente, et puis j’ai eu besoin de changement. Il y a sept ans, j’ai postulé à l’État de Vaud et commencé comme cantonnière. J’ai d’abord travaillé dans la région de Cossonay avant d’arriver sur mon secteur actuel, à L’Isle. Aujourd’hui, je suis cheffe d’équipe.

Comment est-ce d’être une femme dans un métier traditionnellement masculin ?
J’ai toujours travaillé dans des milieux masculins. Au début, j’ai dû faire mes preuves, mais j’ai appris à me faire une place. Quand je suis devenue cheffe d’équipe, j’ai été la première femme à ce poste dans toute la DGMR. J’ai dû gérer une équipe où le plus jeune avait 50 ans et le plus âgé plus de 60 ans. Mais ça s’est très bien passé.

Pour moi, une équipe, c’est une famille : on doit être solidaires et tirer à la même corde. Je ne suis pas une gratte-papier, je travaille comme eux, je saute dans la boue avec eux. Ce n’est pas parce que je suis cheffe que je vais rester en retrait.

Qu’est-ce qui vous motive à vous lever à 3h du matin pour aller travailler ?
La passion pour le travail bien sûr, mais aussi de savoir qu’on va voir la nature se réveiller, c’est le plus magique. À cette heure-là, on croise des biches, des renards, des blaireaux… et parfois même des loups ! C’est en quelque sorte un privilège de vivre au rythme des saisons. Et puis il y a l’esprit d’équipe. On passe plus de temps avec nos collègues qu’avec nos familles. J’essaie toujours d’amener une bonne ambiance. Par exemple, quand on a des longues journées de service hivernal, j’apporte des croissants pour mon équipe. Ça fait partie des petites attentions sincères, toutes simples mais qui comptent, et mon équipe me le rend bien.

Comment gérez-vous l’équilibre entre votre vie professionnelle et votre vie personnelle ?
Quand je suis de piquet, je n’ai pas vraiment de vie privée. Une heure avant un repas entre amis, je peux devoir annuler parce que la météo change. Mais j’ai choisi ce rythme, et l’avantage, c’est que je vis seule, donc je ne rends de comptes à personne.

Quand je suis en vacances, c’est une vraie coupure et j’ai la chance d’avoir une équipe en qui j’ai confiance et qui prend complètement le relais.

À côté du travail, je m’engage bénévolement dans la Compagnie du train à vapeur de la Vallée de Joux. C’est un peu mon échappatoire. J’aime rester active, même en vacances. Je ne suis pas du genre à ne rien faire.

Si vous deviez résumer votre métier en une phrase ?
La population ne réalise pas toujours ce qu’on fait, on est des gens de l’ombre, mais sans nous les routes ne seraient pas aussi sûres.
Merci à toutes les personnes qui respectent notre travail… et notre vie !

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